Focus passion, Voile

Frédéric Augendre, Skipper professionnel

Quelques mots sur toi…

Je suis skipper professionnel, comme on le dit dans le langage courant, c’est à dire capitaine de yachts si on s’en tient aux dénominations officielles des fonctions et des brevets. Ancien journaliste, j’ai quitté en 2015 mon travail de rédacteur en chef du magazine Voiles et Voiliers à la suite d’un plan social, et j’ai alors initié une reconversion professionnelle.

Quelle activité nautique pratiques-tu ? 

Je navigue essentiellement à la voile, en bateau habitable, le plus souvent pour le compte de propriétaires ou des locataires qui me sollicitent pour mener leur bateau en croisière, en convoyage ou en course. Je skippe aussi, plus rarement, des navires à moteur, en particulier pour des sorties à la journée autour de Marseille, mon port d’attache. Mon site internet www.skipper-pro.com détaille tout cela.

D’où vient cette passion pour le nautisme ?

C’est d’abord un héritage familial. J’avais 5 ans lorsque j’ai pris la barre d’un 420, j’ai disputé ma première course au large à l’âge de 11 ans sur le bateau familial, à 14 ans je skippais un Muscadet en Baie de Saint Malo.

D’ailleurs, est-ce une Passion ou bien un Métier ?

C’est un métier-passion, c’est à dire une activité professionnelle que l’on exerce dans un univers pour lequel on se passionne. Ce qui est hélas parfois mal compris : certains pensent hélas que le fait de vivre notre passion nous dispense d’être dignement rémunérés, comme si en soit le fait d’être sur l’eau nous payait de notre travail. Il est peut-être aussi difficile, de l’extérieur, de réaliser ce que ce métier suppose de contraintes, ce qu’il réclame de compétences, et à quel point il implique une grande rigueur, de tous les instants. Toutes proportions gardées, car l’alpinisme est une activité bien plus engagée que la navigation, notre métier se rapproche par tous ces aspects de celui de guide de haute montagne.

Quel est ton spot, ta zone de navigation préféré(e) ? 

Je vis à Marseille, c’est mon port d’attache, un magnifique endroit pour se promener sur l’eau aussi bien que pour régater, et un climat fabuleux. Mon métier m’amène à beaucoup bouger, je n’ai pas véritablement de bassin de navigation privilégié, je suis aussi heureux aux Bahamas qu’en Corse. Mais retourner en Manche me laisse encore moins indifférent, cela a été mon jardin pendant mon enfance, mon adolescence et mes années de fac : Saint Malo, Chausey, les Anglo-Normandes, le Cotentin, Cowes et la côte Sud de l’Angleterre…

Quelle autre activité nautique aimerais-tu pratiquer ? 

Voici longtemps que j’ai revendu mes planches, il est un peu tard pour s’y remettre, ou même pour se former au kite-surf qui me tenterait bien un peu. Je me suis mis à la plongée – et à Marseille nous sommes gâtés – cela suffit à mon bonheur lorsque je ne suis pas sur l’eau.

Avec qui partages-tu ta passion ?

Essentiellement avec mes clients, et très souvent ce partage s’avère riche et gratifiant car j’ai affaire à des passionnés. Plus exceptionnellement avec des amis : je ne régate plus trop en amateur, par manque de temps. Lorsque c’est possible, avec la famille, mais ce n’est pas simple : dans ce métier, on se retrouve très pris au moment où les proches sont en vacances.

Comment gères-tu cette période compliquée (Covid19)  ? 

La réglementation nous autorise la navigation professionnelle dans deux cas de figure : un bateau à rapatrier à son port d’attache, ou un bateau en chantier (on peut l’amener au chantier, l’en ramener, ou encore procéder à des essais en mer). Ce cadre autorise des missions très précises, et limitées, qui doivent être déclarées en amont aux autorités maritimes. Sortir du contexte national est par ailleurs compliqué, dès lors que les passages de frontières, et la réduction des moyens de transport, compliquent tout : ce n’est pas tant la mission maritime qui s’annonce complexe, que son versant terrestre ! Pour le reste, il faut se projeter dans l’avenir : c’est un moment d’échange très réguliers avec les clients, pour préparer leurs navigations futures, réfléchir aux améliorations à apporter à leur bateau, … La période laisse beaucoup de temps pour se replonger dans la théorie, réviser des fondamentaux, peaufiner des plans de navigation, autant en profiter. Rien ne nous interdit par ailleurs de travailler à bord d’un bateau immobilisé à quai ou au sec : si des propriétaires ont des opérations d’entretien, de maintenance, ou d’optimisation technique à me confier, c’est le moment !

Quelle est la première chose que tu feras à la fin du confinement ? 

Je ne pense pas qu’il y aura une bascule nette, un retour franc et marqué à « la normale ». La réouverture des restaurants sera probablement fêtée par un dîner en amoureux. La réouverture des frontières du Cap Vert et des lignes aériennes me permettra d’honorer un contrat consistant à ramener en Bretagne un très joli voilier de voyage, très performant, sur un parcours inhabituel (inhabituel dans ce sens-là). Mais du dîner en amoureux ou de ce beau convoyage, je ne sais pas ce qui pourra se faire en premier.

Quel message souhaites-tu adresser à la communauté Liboat ? 

Cette crise sanitaire n’est pas la fin du monde, même si elle nous conduit (ou devrait nous conduire) à mieux réfléchir à notre rapport au monde, et même si bien évidemment chaque décès nous attriste. Je souhaite aux amoureux de la mer d’en sortir en bonne santé, et sans trop de dommages matériels. Un peu plus tôt, un peu plus tard, chacun retournera sur l’eau. Rien ne sert, selon moi, de se morfondre parce que l’on reste à terre : pour certains cette crise a des conséquences autrement plus graves que de voir son navire s’ennuyer au ponton. Pour ceux qui seraient en mal d’échappées maritimes, je conseille la lecture des aventures du capitaine Jack Aubrey, écrites par Patrick O’Brian. Les librairies maritimes comme celle de La Cardinale à Marseille ont des rayons littérature bien fournis, et l’on peut commander en ligne.

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